Je me souviens de tous ces moments passés, le bonheur était tellement ancré dans chaque cellule de ma peau, dans chaque tissu, chaque nerf de mon corps, et seul le sang de l'euphorie me traversait. L'énergie ne me faisait jamais défaut, je vivais de sourires, rires et fou-rires, et à y repenser, les coins de mes lèvres se distendent pour reprendre la position qu'ils ont perdue. Légèrement retroussés, ils se décollent vers le haut. Je souris.
C'est ce sentiment qui me manque, ce sentiment après lequel je cours. Le changement me fait mal, me détruit, je ne supporte pas l'idée de ce que je suis. La peur me ronge, le doute m'obsède et ce mot que je n'ose pas prononcer, devant personne, est à lui-seul suffisant pour me nuire dans des proportions peut-être bien trop grandes. Comment en parler ? J'ai tellement honte de ce qu'il m'arrive, impossible de l'évoquer à quiconque. Et ça fait mal. Mal de penser que les autres ne peuvent pas vous comprendre, qu'ils ignorent pourquoi vous réagissez de cette façon face à eux. Je n'ose plus aller voir ces personnes qui me tiennent tant à c½ur, de peur de leur montrer ce que je suis devenue, tout ce que je ne suis pas, de peur de leur montrer une image différente, une qu'ils ne connaissent pas. Honte de ce que je suis. Et malheureuse de les sentir s'éloigner, à cause de soi...
J'ai peur de mes réactions dans cet état, peur de dire ou faire des choses que je regrette bien souvent par la suite quand mes idées sont un peu moins brouillées. Je suis en dialogue permanent avec moi-même, à peser le pour et le contre avant chaque entreprise, à bien trop souvent me mettre à penser comme les autres pourraient le faire pour évaluer les réactions et conséquences possibles. Je n'arrive pas à penser simplement. Je ne pense pas avoir jamais su le faire, pourtant je m'en sortais quand même.
Je suis bien trop pétrifiée pour pouvoir avancer, ce passé, âge d'or vers lequel je me retourne sans cesse, est encore bien trop important pour moi aujourd'hui. Je ne peux m'en décrocher, il reste mon idéal à retrouver. La chose est-elle perdue ?
Le souffle coupé, tu n'es plus son appât
Ta peine s'est fendue au délire des autres
Qui oublieront bien vite que tu n'es plus des nôtres
Et si ça fait mal c'est parce qu'il comprend pas
Que nul ne nage dans ton coeur depuis longtemps
Et si ça fait mal c'est parce qu'il ne te voit pas
Alors que ton sourire enfin s'éteindra*



